#Citoyenneté

Le texte relatif au droit de vote à 16 ans

La Commission des lois a examiné jeudi, la proposition de loi instaurant le vote dès 16 ans et l'inscription sur les listes électorales, dont je suis cosignataire.

46 ans après le passage de la majorité de 21 ans à 18 ans, nous rencontrons aujourd'hui, les mêmes réticences sur de nombreux bancs de l'Assemblée. Pourtant, nous devons nous interroger sur la place faite à la jeunesse dans nos institutions. La création d’un nouveau droit ne devrait pas engendrer autant de resistance compte tenu de la démonstration faite par la jeunesse de son aptitude à se saisir des problèmes contemporains. A titre d'exemple, on ne peut ignorer l’engagement de Greta Thunberg.

Mon argumentaire sur l'utilité de cette PPL : ⬇

"Madame la Présidente,

Le texte dont nous discutons aujourd’hui concerne un peu plus d’1,6 millions de jeunes gens âgés de 16 et 17 ans, selon la pyramide des âges de l’INSEE au 1er janvier 2020, soit 2,39% de la population française, ce qui n‘est pas rien.

Au sein d’une population vieillissante résultant d’une hausse de l’espérance de vie, autoriser la majorité électorale à 16 ans serait un moyen de rétablir l’équilibre générationnel. A titre de comparaison, les personnes âgées de plus de 65 ans représentaient 19,6% de la population en janvier 2018, ce qui a pour effet de vieillir la moyenne d’âge du corps électoral, alors que l’élaboration des politiques publiques concerne bien évidemment aussi les générations futures.

16 ans est un âge significatif en France puisque une sorte de « majorité sociale » se dessine à cet âge : arrive enfin le droit de signer un premier contrat de travail, d’adhérer à un syndicat professionnel, de réaliser un service civique, de diriger une association ou encore d’ouvrir un compte bancaire personnel et de disposer d’une carte vitale personnelle…

L’expérience du droit de vote à 16 ans n’est pas inconnue en Europe. En Autriche et à Malte, le droit de vote est fixé à 16 ans pour toutes les élections. En Allemagne, au Royaume-Uni et en Estonie, les jeunes peuvent voter à partir de 16 ans à certaines élections locales. D’ailleurs dans sa résolution du 11 novembre 2015, le Parlement européen a recommandé aux Etats membres d’harmoniser la majorité électorale. Il s’agit là de garantir une réelle égalité de vote entre tous les citoyens de l’UE et éviter la discrimination au droit de participer au processus démocratique.

Nous devons nous en inspirer et continuer le processus vertueux insufflé par le projet de loi relatif au Conseil économique, social et environnemental, adopté en première lecture à l’Assemblée. Celui-ci consacre dans son article 3 la possibilité pour les personnes âgées de 16 ans et plus d’adresser une pétition au CESE, disposition à laquelle Monsieur le ministre de la Justice s’est dit favorable : « « Pourquoi interdire à des jeunes gens de participer à la chose publique ? ».

Ces dernières années nous ont montré à quel point la jeunesse souhaite et revendique son droit à être entendue et à peser tôt dans les orientations des politiques publiques. La mobilisation des jeunes, que ce soit dans la rue ou au sein de la société civile, à l’instar de Greta Thunberg, me convainc de l'utilité d'une telle mesure. L'engagement énergique et sensé de la jeunesse sur les enjeux contemporains, au premier chef desquels l’écologie, me rend optimiste sur le choix des combats de cette nouvelle génération.

Mais abaisser le droit de vote à 16 ans requiert un préalable indispensable : redonner la confiance en elle-même à la jeunesse. Certains jeunes sont timorés, brandissant  l’argument de « l’influençabilité » et prétendant qu’ils risquent de voter comme leurs parents par manque de connaissances politiques. Nombre d’entre eux font de l’apprentissage en classe des idées politiques un préalable à leur légitimité d’exprimer leur point de vue. Mais c’est davantage en sachant que leur vote impactera leur quotidien, qu’ils feront l’apprentissage de la citoyenneté. Prôner leur manque de maturité, c’est révélé le manque de confiance que l’on porte à la nouvelle génération. Ne devraient-ils pas être associés plutôt que consultés ?

Pour donner cette appétence de la chose publique à la jeune génération, laquelle est particulièrement concernée par le taux d’abstention aux dernières élections municipales et présidentielles, il est nécessaire de lui démontrer que sa parole n’est pas vaine et qu’elle sera prise en considération dans l’élaboration des politiques publiques."

La Commission n'a pas adopté la proposition de loi, laquelle sera examinée le jeudi 8 octobre en séance publique.