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Ancrage territorial des parlementaires : lancement des premières auditions

Ancrage territorial des parlementaires : lancement des premières auditions

Les premières auditions de la mission d’information sur le rôle local et l’ancrage territorial des parlementaires, que je préside, se sont tenues mardi dernier. Trois historiens sont intervenus afin d’éclairer les parlementaires présents de leur expertise sur ce sujet d’importance.

Nous avons eu le plaisir d’accueillir Jean Garrigues, professeur émérite à l’université d’Orléans, président du Comité d’histoire parlementaire et politique, Guillaume Marrel, professeur de science politique à Avignon Université et Nicolas Roussellier, historien, professeur des universités à Sciences Po et à l’École Polytechnique. 

Cette première audition a été l’occasion d’entrer dans le sujet par son versant historique. Quel lien l’élu national – et singulièrement le député – peut-il et doit-il entretenir avec le territoire – avec son territoire ? Quel rôle peut-il valablement y jouer, lui qui représente la nation tout entière et personnifie l’intérêt général ? En détournant un peu le concept, peut-on considérer qu’il y aurait « deux corps du député » – un corps « national » et un corps « territorial » ? 

L’après Révolution française a été marquée par la conservation du pouvoir politique par les notables. L’élection était pour eux un simple moyen de transposition de l’autorité sociale en gain politique. A cette période succède un âge d’or du rôle local du député. En effet, à partir des années 1880 et jusqu’aux années 1930, les comités républicains locaux et les réunions publiques se multiplient sur l’ensemble du territoire. En conséquence, les députés sont obligés de parcourir leur circonscription.

Cette évolution est ensuite contrastée par l’émergence des partis politiques au XXème siècle, qui disciplinarisent les parlementaires. Si le rôle local reste important, le respect des choix du parti devient une priorité pour exister politiquement pour les parlementaires. Cette période est prolongée, selon Nicolas Roussellier, par une autre au début du 21ème siècle : celle de la dématérialisation. Celle-ci est notamment liée à l’évolution de l’élection législative, devenue quasiment un troisième tour de la présidentielle. Surtout, elle est la conséquence d’un affaiblissement de la politisation selon l’historien.

Jean Guarrigues et Guillaume Marrel estiment que la perte d’ancrage local des parlementaires est liée à un bouleversement de la sociologie des députés, provoquées notamment lors de l’élection d’Emmanuel Macron en 2017. En effet, la classe politique a été largement renouvelée à cette occasion, et est désormais issue de nombreuses professions. Ainsi, moins de députés ont auparavant connu des expériences politiques locales. Il y a donc moins d’élus politiques de carrière qu’avant parmi les parlementaires, ce qui questionne leurs attaches politiques locales.

S’agissant du renouvellement de la classe politique et du non-cumul des mandats, si ces changements ont pu modifier la place locale du député, ils ont eu de bonnes conséquences. Ainsi, l’interdiction du cumul des mandats contribue à éviter la confiscation du pouvoir par une minorité de professionnels politiques.

Ces premiers échanges passionnants contribuent ainsi aux pistes de réflexion des parlementaires sur la définition de ce que doit être leur rôle, entre représentation nationale et défense des intérêts locaux.

L'audition est à retrouver ici.

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