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Prendre le temps d'un consensus en Nouvelle-Calédonie

Prendre le temps d'un consensus en Nouvelle-Calédonie

Les députés ont voté, la semaine dernière, le projet de loi constitutionnelle "portant modification du corps électoral pour les élections au congrès et aux assemblées de province de la Nouvelle-Calédonie", avec l'objectif du Gouvernement d’un Congrès fin juin pour l’inscription de ces dispositions dans la Constitution.

La méthode employée par le Gouvernement a fait l’objet de très fortes critiques de la part des députés de l’opposition, mais pas seulement, demandant la suspension du projet de loi et la réunion des partenaires pour aboutir à un accord global, comme cela était attendu localement et inscrit dans l’histoire de la Nouvelle-Calédonie avec les accords de Nouméa. Les premiers ministres Lionel Jospin et Jean-Marc Ayrault avaient d’ailleurs demandé, dans une tribune inédite, la suspension de ce texte, alertant sur les dangers potentiels d’insurrection.

Ce calendrier contraint disqualifie la recherche douce d’un consensus local, qui ne peut être trouvé selon les connaisseurs historiques qu’en laissant du temps au temps. Il est de tradition et attendu qu’un tel dossier soit géré à Matignon, et non comme une simple affaire électorale au ministère de l’Intérieur. Le choix d’un député néo-calédonien, identifié comme anti- indépendantiste, n’a fait que conforter le soupçon de partialité dans l’examen du texte.

Les pertes humaines, dont deux gendarmes auxquels nous rendons hommage, les blessés, la peur des habitants confrontés à des actes violents, les dégâts matériels très importants font de cet évènement une tragédie de plus, dans un monde bouleversé. C’est dans ce contexte grave, justifiant la décision de l’état d’urgence présentée par le ministre Darmanin devant la commission des lois, mardi 21 mai, avec les mesures d’ordre qu’il permet, que le président de la République, les ministres de l’Intérieur et de la Défense, se sont rendus en Nouvelle- Calédonie.

Nous souhaitons à présent le retour au calme, dans le cadre d’un accord global prenant en compte, en sus de la question de la représentation démocratique, la situation économique et sociale du pays. Sans cet accord, qu’en sera-t-il d’un projet de loi adopté et instaurant un rapport de force sans destin serein ?

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